OÙ VONT MES ELEPHANTS

 

Seul en scène pour Clown rescapé

 

 Clown s’éveille dans monde aseptisé. Le blanc de sa chemise d’hôpital l’éblouit, sa mémoire reste captive dans un grand désert. Clown est tombé, ça il en est sûr. De cheval ? Non, ça ne lui a jamais rien dit les canassons. Alors d’éléphant peut-être ? Oui c’est possible, mais l’infirmière lui dit que les éléphants sont partis. Ca plaît bien à Clown, cette idée-là. Partis avec ses souvenirs, ils ont emporté tout le passé. A chaque pas, les images surgissent, le flou se débat…

C’est une montgolfière qui le frôle à toute vitesse. Clown revoit chaque couleur : le rouge, le blanc, l’or. Les cuivres tintamarrent, l’odeur de sciure dans les narines et les rires des enfants quand il plonge. Il plonge sans fin, il n’a pas encore atterri.

LE PROJET

Claude Sprecher a parcouru le globe de long en large : du Groenland au Coliseu de Lisbonne, en passant par la Chine. En 2014, en pleine tournée triomphale en Finlande, il a chuté à grande vitesse de sa montgolfière suspendue à six mètres  du sol. Le crâne fracassé, Claude se réveille seul dans une chambre d’hôpital, sans aucune idée d’où il se trouve, de l’année en cours, mais surtout sans souvenir récent. Après des mois de repos et de travail pour recouvrer la mémoire, Claude est reparti sur les routes avec un nouveau numéro aérien.

Revenu en Suisse en 2016, il co-fonde la Compagnie Katapult avec Virginie Janelas. Fort d’expériences uniques dans le monde du cirque et désireux de partager le message d’espoir de sa guérison, Claude a confié à Virginie le rêve de porter cette histoire à la scène. Au fil des dialogues et des recherches, il est apparu que la c’est autour de la question de la mémoire que s’articulerait le spectacle, aussi bien intime que collective: la mémoire du cirque, comme celle d’un monde en transformation, d’où disparaissent les grands animaux.

 

Evoluant dans un espace vide, le comédien est au centre du spectacle. Il donne corps au récit d’abord par la parole, mais c’est par le geste qu’il ouvre le champ des possibles. Tour-à-tour éléphant, mât, chapiteau emporté par la tempête, chef de piste polonais ou trapéziste en plein vol, Claude incarne à lui seul un monde qu’il a bien connu et qu’il a bien failli oublier.


EXTRAIT

Dans le chapiteau, on part du point d’attache, méthodique, puis on descend d’étape en étape, pour être sûr d’avoir vérifié chaque pièce, chaque boulon, chaque câble…

Sous ma voûte crânienne, j’opère de la même façon : maintenant, puis il y a 5 minutes, puis une heure, puis je passe à hier une promenade dans ce parc finlandais, je retourne trois ans en arrière, j’étais au Danemark,  je revois ensuite ma mère qui me dit : “quand t’as fini, tu m’appelles sinon t’en foutras partout!” Elle part finir son repassage, j’ai les doigts plein de peinture, en équilibre sur un banc d’angle.